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72 Artéfacts
Le projet de l'Exposition Universelle "Intelligence
du Futur" du groupe d'artistes BBM
Réalisation Technique:
Centre des Arts et Medias, ZKM Karlsruhe
Institut Fraunhofer, Dortmund
L'Art Versus l'Ouvrage de Commande
Olaf Arndt, BBM, responsable artistique:
Lobjectif du projet "grande machine",
cétait son auto-élimination. Cest dans
ce contexte là quil faut voir le projet de lExpo
et considérer quil ne représente que la troisième
phase de la "grande machine", après le découplage.
Donc le mandat de lExpo fait défaut du contexte existant
dans le projet artistique de BBM; dans le dernier tiers, lintention
générale nest pas visible. À part ça,
si on les avait conçues pour BBM, on ne les aurait sûrement
pas équipées de ces calottes opaques.
Institut Fraunhofer, programmeur du logiciel de pilotage:
Je trouve la notion "robots" pas
très bonne. Des robots se sont aussi les robots de Lego ou
des robots industriels. "Artéfacts" ca veut
dire quelque chose dartificiel, quelque chose qui na
pas dutilité directe, pas de but. Des robots sont des
engins de travail, ce nest pas une notion dart. Ces
machines ne travaillent pas, elles existent pour nous faire plaisir.
Un artéfact est un objet muni dun caractère
particulier.
Science et Art
Stefan Iglhaut, Expo 2000, responsable du projet:
Le concept de recherche que nous avons imposé,
traitait les réseaux, ces système de coordination
qui sélargissent en permanence, et les principes de
lauto-organisation. La deuxième phase fut quand Olaf
Arndt et ses collègues - lui aussi ne travaille jamais seul,
cest un homme des réseaux - eurent lidee de transcrire
tout ça avec une famille de robots multiples. Donc lui, Béla
Stetzer et Hartmut Bruckner ont donné naissance à
lexposition.
Le développement cest fait en deux pas.
Avec des scientifiques, des techniciens, des collègues du
monde artistique etc. jai dabord élaboré
un concept, dans lequel on parlait de dispositifs conversationnels,
et de ce quon appele des distributions de structures comme
dans une exposition où la situation change en permanence.
Bon, ce ne sont évidemment pas toujours nos propres idées,
mais en fait ça veut dire quon voulait sentourer
de systèmes modernes.
La vie Artificielle
Olaf Arndt
On voulait travailler avec des gens qui sy connaissaient
en intelligence artificielle, ou qui développent du logiciel
pour des jeux qui peuvent se générer par eux-même,
ou bien qui sont expérimentés en matière de
robots autonomes, comme par exemple les robots de canalisation qui
sont autoadapteurs et capable de sorienter. Chez ce genre
de gens, on espérait trouver les capacités nécessaires
à notre projet.
Ces capteurs sensoriels sont sensibles aux dérangements
causés par le publique, on craignait que le système
sécroule, que les robots restent constamment immobiles.
Par contre, les gens du contrôle technique avaient peur quil
soit difficile darrêter les engins dès quil
se déplacent de quelques centimètres.
Le Prototype
Maarten Kippenbroek, développement du prototype:
Les producteurs ont prévu pour les objets de
série tout un ordinateur pour les fonctions de sécurité.
Sur notre prototype, afin de larrêter, il y avait simplement
une corde que lon pouvait tirer à partir du bord de
la calotte.
Kippenbroek:
Pour le dispositif de propulsion nous avons installé
deux moteurs de fauteuils roulants en parallèle, nous avons
gardé la boîte noire de série pour le pilotage,
nous lavons cependant équipée dune télécommande
et non des commandes manuelles de série. Les moteurs sont
fixés dans le chassis ainsi que deux batteries de camions,
celles-ci allimentent les moteurs, le système de projection
et dautres éléments. La calotte sappuie
sur un cercle de métal autour du chassis, les haut-parleurs
y sont également suspendus. Pour la démonstration
il y avait un projecteur sur le chassis qui depuis lintérieur
envoyait limage sur la surface de la calotte translucide.
Arrêt aux Stands
Maarten Kippenbroek:
Pour sortir les batteries on tire un levier et on
les laisse glisser sur une rampe, ça va sans effort et en
quelques secondes.
Le Mandat
Olaf Arndt:
Mikis et Maarten ont construit le prototype, les spécifications
exactes qui étaient exigées ont donné aux machines
leur aspect actuel. Au début, ce fut très difficile
de démontrer que notre conception était réalisable,
personne ne croyait que tout ce système allait fonctionner
suivant un principe aussi simple.
Sur ce point nous navons pas suivi les normes
dun mandat, tout ça cest notre propre contribution:
notre expérience de faire des choses fiables le plus simplement
possible, cest le résultat de dix ans de travail avec
le groupe de performance BBM.
Stefan Iglhaut
Le contrat ne consistait pas à trouver une
forme dexpression artistique de la "société
de linformation", cela na jamais été
notre attente. Nous avions développé un programme
et quand jai demandé à Olaf Arndt sil
sintéressait à la réalisation dun
tel projet, je lui ai déclaré franchement quil
ne sagissait pas dun projet artistique libre. Mais finalement,
cest devenu un peu un mélange...
La Naissance du Show
Hartmut Bruckner, BBM, responsable technique et
développement du son:
On a quatre ordinateurs en réseau, sil
y en a un qui ne marche pas, je peux faire une copie depuis lautre
côté...
Bien sûr que jai des archives de son,
mais pour ça jai conçu du nouveau sur la base
de modèles physiques, si tu vois ce que je veux dire. On
peut reproduire en virtuel des modèles de sciences naturelles.
Jai aussi reproduit des machines, et bon, il y a aussi une
véritable machine de BBM, tu la vue lannée
dernière au European Media Art Festival...
Hartmut Bruckner:
Erich a pris en charge toute la programmation du pupitre
de contrôle. Je lui ai simplement donné les directives,
comment ça devait fonctionner, et il sest occupé
de tout. Et ça marche bien.
Erich Geiersberger, programmeur du show:
On ne savait pas de quel matériel informatique
le producteur allait se servir, alors on a élaboré
un barème pour transmettre les valeurs et les indications
de temps.
Un film qui passe en décalé sur tous
les objets sappelle alors overall et il contient un petit
préliminaire avant le début proprement dit. Par exemple
des oiseaux qui volent à travers la salle. La direction du
mouvement des oiseaux est déterminée, tout comme le
déroulement des films sur les objets et à travers
la salle. Alors si on veut que les oiseaux tournent dans la salle,
il y a plusieurs possibilités, en ligne, en rond dans le
sens des aiguilles ou à linverse, en diagonale. Le
problème avec ces overalls, cest que leffet ne
se voit quà partir dune certaine distance, on
aurait besoin dun emplacement surélevé.
De toute manière, le comportement dun
essaim - pas seulement dans les films, mais aussi celui des machines
- est difficile à voir à partir du sol: le spectateur
se trouve en plein milieu de lessaim. On reconnait un essaim
que de lextérieur, cest un peu comme dans un
embouteillage, que lon observe mieux depuis un pont. Cest
bien sûr un attrait particulier dun essaim de pouvoir
le voir den haut et ici je regrète un peu que lon
nait pas une meilleure vue densemble sur la salle.
Mathias Böser, qui a fait léclairage,
était le dernier maillon dans la chaîne de producteurs.
Il na pu commencer à travailler que quand les autres
avaient terminé. Il a terminé son boulot pratiquement
à la dernière minute.
Sciences Appliquées
Iglhaut:
Ce nest pas de la science-fiction, plutôt
des sciences appliquées. Mais en tant que responsable de
lexposition, je dois dire que ce nest ni de la technique
de réseau ni de la robotique, cest un artéfact,
un organisme intelligent et autopilotant, et au niveau métaphorique
je dirais même que cette exposition fonctionne sans nous,
les hommes. Ce sont des êtres intelligents qui sorganisent
eux-mêmes.
Arndt
Léchec, les pannes, les catastrophes
et les accidents de la technique cest un aspect, cen
est un autre deffectuer la critique dune notion de "lintelligence"
dans un système technique. On faut absolument faire la différence
entre lintelligence des machines et ce quon appelle
lintelligence des êtres humains. De plus on voulait
discerner les notions techniques et sociales de la "collectivité",
faire la différence entre lidée que se fait
lingénieur quand il travaille sur un modèle
de réglage comme top-down et bottom-up, et ce quun
sociologue veut dire avec cette notion. Les machines ne "coopèrent"
pas, elles reçoivent un code avec lequel elles marchent,
et elles ne se "comportent" pas non plus, on les dirige.
"Collectif" dans un contexte social cest
autre chose. Cest donc intéressant détudier
les retombées de modèles hiéarchiques dune
part, et celles dune autoorganisation au sens politique.
Capacité de Travail
Indication de sécurité. La porte des
toilettes doit rester fermée toute la journée. Veuillez
y penser!!!
NE PAS jeter de mégots au sol, s.v.p.!!!
(Radio)
Je ne sais pas, je voudrais bien me lacheter,
mais je ne peux pas me le permettre. Mais si, tu peux: crédit
immédiat! 10.000 Mark pour 199 Mark par mois à 72
mois déchéance!
Arndt:
La théoricienne britannique Sadie Plant nous
raconte un exemple: le modèle dorganisation dune
structure en top-down ne fonctionne que jusquà un certain
degré de complexité. On sest apperçu
quil était parfois préférable dinverser
lensemble de la hierarchie, de lorganiser en bottom-up.
On exploite à base de nouvelles directives. Par exemple les
gens qui travaillent dans linformatique, ils font un boulot
de logiciel monstre pendant quelques mois, et ensuite on les vire.
Ces gens "den bas" peuvent travailler quand ils
veulent, avec des cheveux longs et mal lavés; on pourait
penser quils ont toutes les libertés, en peu de temps,
ils gagnent un fric fou, mais ils se font virer et plus personne
na besoin deux, parce que quelquun "den
haut" reprend et "transporte" le résultat
chez lui.
"Visitez le Futur!"
Iglhaut:
La devise de lExpo "Lhomme, la
nature, la technique" en fait peu-être un peu trop,
"la vie dans les réseaux" aurait été
plus précis...je dois recommencer..."Lhomme,
la nature, la technique" ça ma toujours tellement
énnervé que je perds le fil.
Arndt:
Et oui, cest comme ça quand on a la prétention
de réaliser une exposition futuristique avec de la technique
futuristique. Des fois cela ne fonctionne pas aussi bien que lon
le pensait, alors il vaut mieux le faire à la main...
...Sadie Plant propose un modèle "bottom-sideways",
alors là, on est chez Deleuze et Guattari, au rhizome, à
la répartition en surface, immerger et réemerger etc.
Bottom-sideways cest aussi le principe idéal pour le
pilotage de nos Objets, les machines commencent "en bas",
individuellement, en autonomie, en toute "indépendance",
et puis elles reconnaissent dautres objets, elles se joignent
en quelque sorte, elles forment des groupes qui se décomposent
et se forment à nouveau. Nous avons essayé de joindre
le système de pilotage central avec lidée centrale,
"lidéologie" de lexposition: déjà
au niveau de la technique on raconte le contenu essentiel, la métaphore
centrale est visible sur la surface: lessaim.
Notre idée a été réalisée
à moitié environ, cest déjà ça!
À lorigine il était prévu de faire marcher
un système complexe et fiable de 150 robots avec leur propre
logiciel au sein de 3000 visiteurs par heure. Quelle sensation cela
aurait été!
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